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Esclave, lève-toi !
6h45. Le radioréveil s’enclenche. Dans ma tête, s’emmêlent les informations du journaliste : «Alerte rouge à Seveso… en banlieue, les inondations vandalisent toujours des tombes juives, emportant sur leur passage le virus de la grippe aviaire… des soupçons pèsent sur le maire de la ville, accusé de malversation, et violé 3 à zéro à la frontière du Kosovo». Chaque matin, il me faut dix bonnes minutes pour remettre un peu d’ordre dans ce grand désordre planétaire. Heureusement, la RADIO DE L’INFO veille sur mon équilibre psychique, en récitant en boucle les nouvelles à retenir pour la journée. Allongé sous la couette, enveloppé de chaleur et de douceur, mon cerveau se glisse dans un demi-sommeil. Avant même que l’esprit ne s’éveille, et prenant de vitesse mon pare-feu cérébral anti-spyware sur le point de s’activer, ma tête reçoit les coups d’un matraquage journalistique prémédité.
L’alarmisme, le catastrophisme, le pessimisme m’envahissent. Ces premières lueurs obscures pèsent sur ma journée.
Ainsi, aurore après aurore, s’écoulent les semaines, sans que jamais l’éclat du soleil ne perce le rideau de ma chambre. Assis au bord du lit, le pied d’appel hésite encore, avant le grand saut dans le vide… alors qu’il faudrait bien peu pour sauter au plafond, pour sauter de joie et pour embrasser la vie qui se lève. Le chant d’un oiseau, même d’un pigeon parisien, aurait fait bon réveil. Dans la salle de bain c’est aussi la douche froide, car le visage de l’actualité a encore du mal à se regarder dans la glace.
Ecœuré, repu de «boucheries et triperies» cosmopolites, je mange avec un lance-roquettes, et quitte le domicile.
A 8h00 du matin, comme une soixantaine de millions d’honnêtes français(1), j’ai donné ma démission intérieure ! Dès la première heure du réveil, on m’a épuisé de problèmes insurmontables et d’obstacles infranchissables.
Esclave de l’information, ou esclave de mon radioréveil, je déprime, impuissant à y changer quoi que ce soit. Et demain, tout recommencera.
6h45. Le radioréveil ne s’enclenche pas. « Merde, une coupure EDF ! Il est déjà 7h30 ». Pas de douche, pas de petit déj, et pas le temps de cogiter, je me précipite pour arriver à temps au travail.
«Waouh, le stress. Faudrait
pas que çà m’arrive tous les jours». Non coiffé, sans
cravate, et transpirant, me voici au bureau : le ventre vide, le pouls à 150, mais le cœur léger. «C’est décidé, demain je me réveille en
musique».
(1) Parmi les 64 millions de Français
au recensement de 2007.
à
suivre...
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